Chapitre 6-3 – Sac
Uphir fut décontenancé par le contraste entre le nom du nouvel arrivant et son aura intimidante. Certes un hobbit rappelant un enfant humain, mis à part des taches bleues sur les mains et les pieds, ce n’était pas très impressionnant au premier abord. Cependant le nouveau venu avait un air féroce, et dégageait une réelle prestance en tant que guerrier. D’accord son équipement se limitait à un pantalon de cuir noir élimé, et une épée de métal sans pouvoir magique, mais il semblait capable de tuer beaucoup plus grand et musclé que lui.
Uphir : Génial un autre nabot se joint à l’aventure. Tu veux faire un trio avec les deux minuscules clowns ?
Mignon : Je suis un grand hobbit, je mesure un mètre vingt-cinq.
Elilim : Quant à moi je ne suis pas un nabot, je suis plutôt une personne dont la croissance a été contrariée.
Uphir : Bon assez rigolé, toi le hobbit file avant que je ne te terrasse.
Mignon : Je suis un hobbit mais aussi un berserker, j’ai battu plusieurs de tes semblables, démon Uphir.
Uphir : Mais bien sûr, pour que ce soit divertissant je ne vais pas utiliser la magie contre toi, juste mes capacités physiques.
Mignon : Dans ce cas tu es sûr de perdre, j’espère pour toi que tu sais fuir vite.
Uphir (méprisant) : Peuh, tu n’as aucune chance de gagner.
Uphir le démon majeur s’attendait à une victoire facile, alors il commença par des attaques d’un niveau indigne par rapport à ce dont il était capable. Mignon le hobbit berserker se sentit profondément vexé par la vantardise du démon, mais il se contint.
En tant que berserker expérimenté, il savait utiliser sa colère comme une arme qui augmentait les aptitudes guerrières. Pour le hobbit la fureur ne constituait pas un handicap, qui annulait le discernement et la capacité à réfléchir. Au contraire, Mignon pouvait prendre très vite des décisions sensées. D’ailleurs le style de combat du berserker bien que simple et instinctif, n’en demeurait pas moins efficace. De plus il ne se constituait pas seulement de frappes fortes, il contenait aussi des feintes et d’autres attaques destinées à induire l’ennemi dans l’erreur. Il se battait avec juste une épée de soixante-dix centimètres comme arme contre un démon réputé pour ses immenses ressources physiques et magiques, mais il avait quand même confiance en lui.
La première partie du combat fut un véritable désastre pour Uphir. Celui-ci souffrait de plusieurs fractures, de dizaines d’entailles, et il dut puiser largement dans ses réserves de vitalité pour soigner des blessures profondes. Il sentait qu’il avait commis une erreur de débutant. Si dès le début du combat il avait utilisé toute sa puissance, son état général serait bien meilleur. Ses chances de remporter le duel s’amenuisait de secondes en secondes.
En effet Mignon maniait son arme comme un chef absolu, et il prouvait que du point de vue de la force et des réflexes il méritait le titre d’adversaire coriace. Il esquivait avec une grâce efficace les coups de poings de son ennemi. Il ne fut touché qu’une fois par une attaque, il reçut un violent direct sur son ventre de la part d’une main droite. Ce qui arracha un sourire à Uphir qui s’évanouit rapidement à cause d’une contre-attaque cinglante laissant une belle blessure au ventre.
Le démon majeur tenta alors le tout pour le tout, et se mit à incanter des sorts de renforcement et de soin, pour redevenir une menace sérieuse. Malheureusement il s’avérait trop tard. Même si la magie permit à Uphir de tenir plus longtemps, sa négligence lui coûta la victoire. Pour éviter de mourir le démon majeur pratiqua une fuite précipitée.
Uphir n’en revenait pas, lui que ses semblables surnommaient l’imbattable, venait de subir une défaite par la faute d’un hobbit, certes berserker, mais un hobbit quand même. Le démon majeur se sentait complètement déshonoré. Il subissait une débâcle à cause d’une demi-portion, un nabot qui ne lui arrivait même pas au nombril.
Gron (content) : Merci monsieur Mignon vous nous avez sauvés la vie.
Mignon : De rien, je suis toujours heureux quand je contribue à contrer les volontés de démon.
Elilim (méfiant) : Comment nous avez-vous trouvés ?
Mignon : J’ai été guidé par les visions envoyées par le dieu Proélium. Il vaut mieux se dépêcher de se mettre en route. La prochaine fois je ne suis pas certain de triompher d’Uphir, s’il utilise toute sa puissance.
Elilim : Dans ce cas, je vais ouvrir une porte dimensionnelle tout de suite. Je vais nous envoyer vers le monde de la reine Alice.
Elilim ne faisait pas totalement confiance à Mignon, mais grâce à un examen magique de son aura, il perdit une partie de ses doutes. Si Mignon avait de mauvaises intentions, il n’aurait pas révélé de but en blanc le dieu qu’il servait. Et le sort lancé discrètement par l’archimage confirma les dires du berserker, l’aura de ce dernier portait clairement la signature de Proélium la divinité.
Certes Elilim avait encore quelques réticences à voyager avec Mignon. Toutefois il lui devait la vie, refuser d’être accompagné par lui serait un grave manquement à l’honneur. Et les explications fournies par le berserker même si elles étaient succintes, ne paraissaient pas erronées. Proélium était un dieu qui mettait beaucoup d’énergie pour lutter contre les démons, et il chargeait fréquemment ses adeptes de quêtes contre des entités de la ruine au moyen de visions. Donc Elilim devait se forcer à admettre dans son groupe Mignon. De plus l’ajout d’un guerrier capable serait un atout très appréciable face aux dangers potentiels de la quête du sac du Néant.
